CETTE FEMME

Stévy Wallace, il y a quelques années, personne n’aurait parié sur toi

Parce que je me cherchais beaucoup. Est-ce que je vivais avant ? Ma vie n’existait pas avant mes 22 ans. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Je n’étais pas décidé. À suivre une voie, à faire quelque chose de pertinent ou d’utile. J’errais. Ça ne rassurait pas. Je me réveillais, j’allais et je venais. Il n’y avait pas de but précis dans mes journées. Même si j’avais la volonté, je ne croyais pas en moi. Personne ne croyait en moi non plus.

Comment est-ce que tu errais ? 

D’abord, j’ai échoué au Bac. J’avais sali le nom de mon père pour qui c’était un affront. J’allais à l’école parce que les parents aimaient ça et te foutent la paix. Quand mon père me demandait ce que je voulais devenir, je lui disais “Bof, on verra”. Je travaillais. Mais sans plus. J’aimais me sentir libre. Je trainais avec beaucoup de filles, avec un groupe de potes. On jouait aux 7 mousquetaires dans la ville de Porto-Novo, où je vivais. J’avais une amourette dans le quartier et mon père était contre. Tout ça a participé à mon échec.

J’avais été renvoyé de l’école Notre-Dame pour mauvaise conduite, après mon BEPC. Mon père m’a foutu au lycée technique. Il en avait marre. Il m’avait dit de sortir de la maison et je l’avais supplié. Au lycée technique, ils nous ont vendu le rêve d’une formation en construction métallique, où je pourrais apprendre à faire des avions, des stades. J’ai trouvé ça très bien ! Mais, en vrai, c’était juste de la soudure mon frère …(rires)

Je ne savais pas ce que j’allais faire mais je ne me voyais pas soudeur. J’ai passé une superbe année, je me suis fait de bons potes et j’ai cramé mes yeux. On devait payer des lunettes pour se protéger les yeux. J’avais demandé l’argent à mon père et quand il me l’a filé, je l’ai utilisé pour payer un cadeau de St Valentin à ma copine de l’époque. À la séance de TP, le prof a refusé que j’emprunte des lunettes parce que chacun devait avoir les siennes. Ce jour-là, j’ai flambé le chalumeau et depuis, je larmoie et j’ai les yeux rouges de drosophile, comme dit mon ami JR.

Après cette année, j’ai demandé à mon père de me faire confiance. Que j’allais revenir sur le droit chemin et prendre mon CAP. Il m’a dit de signer un engagement, qu’il ne voulait pas payer pour que je fasse encore des bêtises. J’ai signé l’engagement et je suis retourné à l’école normale en Seconde spéciale. J’ai obtenu mon CAP et il a lâché du lest.

 

Et Bam, je me suis encore relâché. Je rentrais tard à la maison. J’attendais que mon père dorme  pour escalader le mur et me balader avec mes potes. Je rentrais à l’aube. J’errais.

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